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Cycle Végétal Vigne - Lecture d'Automne


Silence dans le vignoble


Après l’effervescence des vendanges, le remue-ménage de la coupe, les rires, le claquement des vendangettes, et le ronronnement du tracteur, le silence retombe sur le vignoble.

La vigne a cessé de pousser depuis quelque temps déjà. On en avait fini de maintenir le feuillage et sa pousse vigoureuse, pour enfin porter son attention sur les baies et leur maturité jour après jour. Maintenant que la récolte est dans les chais, les vignes semblent ralentir leur activité, elles se font discrètes.


Nous le sentons lorsque nous repassons dans les rangs. Les plants ne sont plus ouverts vers leur environnement. Ils réagissent moins aux pluies, au soleil, au vent. Le mouvement du végétal n’est plus le même. Lui qui se développait de manière expansive, qui a tenté d’explorer les moindres recoins de son environnement, ne se soucie plus du monde extérieur. Il fait chemin inverse vers son intériorité. Cela avait déjà commencé après le solstice d’été, lorsque les rameaux ont peu à peu cessé de croître. Les plants ne se développaient plus en hauteur et commençaient à accumuler de la matière pour former les fruits et lignifier les bois. Pendant l’automne, les vignes finissent de se couper de leur milieu. Dans un mouvement de fermeture, elles se rapprochent de leur affiliation aux arbres à feuilles caduques. Comme eux, elles deviennent bois, elles se solidifient, s’épaississent, se brunissent, se rigidifient. Comme eux, leurs feuilles se colorent et prennent des teintes dorées avant de tomber. La saison de l’automne rapproche deux compères qui se connaissaient bien au temps des forêts. La lignification qui a commencé pendant l’été arrive à maturité. De pousses vertes et tendres, les rameaux sont maintenant résistants et protègent l’activité intérieure.


De l’extérieur, la vigne semble subir cette nouvelle saison. Elle se colore, se flétrit et bientôt il ne reste plus que ses bois. Elle ne montre plus de signe d’activité comme au temps du cycle végétatif si vigoureux, expansif, et toujours renouvelé. Tournée vers l’intérieur, l’activité du végétal n’est plus visible à nos yeux. Le mouvement de repli est un processus dont nous ne pouvons lire les signes que dans les couleurs inédites et l’attitude générale des plants.


Un processus de transformation en profondeur


Les signaux de l’hiver, les journées qui diminuent, les premiers froids informent que l’atmosphère extérieure et le rythme de la saison ont changé. Si bien que l’activité chlorophyllienne, support de la photosynthèse, cesse peu à peu. La vigne arrête d’engranger de la sève complexe et de produire des sucres. Cependant, si la photosynthèse s’arrête, les vignes ne s’immobilisent pas pour autant. Un nouveau processus est à l’oeuvre. Des enzymes commencent à défaire les grosses molécules que sont les chlorophylles. Les briques qui les formaient quittent la feuille, ils sont évacués et stockés dans les bois, dans le tronc, dans les racines. Ces éléments décomposés seront à nouveau disponibles le cycle suivant.

La feuille perd donc son vert, couleur dominante et si caractéristique. Sans la chlorophylle, nous découvrons les teinte d’autres composés de la feuille; le jaune de la xanthophylle ou l’orange de la carotène qui eux sont encore présents. Le vignoble devient flamboyant, il attire l’œil par ses couleurs chaudes en ces temps qui deviennent froids. La vigne si monochrome du temps de sa pousse devient aussi coloré que les belles fleurs de printemps. Elle qui a caché sa floraison sous ses larges feuilles vertes, manifeste en fin de cycle des couleurs vives. Chez les annuelles la fleur marque l’arrêt végétatif et la mort en beauté de la plante. La vigne pérenne mime ce geste à la fin de son cycle végétatif.


Si la chlorophylle a elle quitté la sphère de la feuille, tous les éléments qui la composent ne disparaissent pas sur le champs, la sève y circule toujours. C’est un grand chantier de déconstruction qui est à l’œuvre. Comme un chapiteau de cirque après sa représentation, la vigne défait un à un ses composants végétatifs, et les range soigneusement pour l’année suivante. La vigne est économe, elle recycle les substances clé pour son renouveau. Une fois que la sève aura récupéré tous les éléments et substances encore utiles, et que ces derniers seront rangés, emballés, stockés dans les bois, l’éthylène donnera le signal pour former à la base du pétiole un bouchon de liège et fermer le passage à la sève. A partir de ce moment-là, la feuille se nécrose et le moindre coup de vent la détache.

La vigne ne reste donc pas inerte à subir le passage entre deux saisons. Méthodiquement, elle range les éléments qui détermineront le nouveau départ. La décomposition soigneuse que l’on voit à l’œuvre n’est pas un abandon de la matière mais bien une nouvelle transformation.

Dans les cépages rouges, les feuilles produisent même de l’anthocyane qui donne une couleur flamboyante au vignoble. Ces éléments qui interviennent aussi dans la maturation des fruits, est aussi produit spécialement pendant l’automne. L’anthocyane est un puissant anti-oxydant, grâce à qui la feuille est protégée contre les potentiels dégâts des rayons solaires, une fois la chlorophylle évacuée. C’est bien que le processus de rangement à l’œuvre demande du temps pour récupérer le plus d’éléments possibles de ce qui a été conçus pendant la saison. Pendant cela, la feuille comme support doit être maintenu dans les meilleures conditions. C’est un processus invisible, une activité silencieuse qui se déroule à huis clos dans les bois.



La mise en réserve pour le renouveau des bourgeons


Le processus de décomposition et d’assimilation de tous ces éléments est bien ce que l’on appelle la “mise en réserve”. C’est pour cela que le passage d’un cuivre est parfois conseillé après vendange, pour maintenir le végétal à l’après saison et permettre à la vigne de stocker le maximum d’éléments pour le cycle prochain.

Cette mise en réserve est un moment clé car les bois deviennent un nouveau socle pour les bourgeons formés pendant la saison. Ces bourgeons qui renferment tous les organes préformés du prochain rameau, se nourriront des réserves soigneusement mises de côtés. Pour la vigne qui se reproduit exclusivement à partir de ses bourgeons, et non à partir de la graine, le bois devient un nouveau sol à partir duquel ils pourront germer. Soigner ses bois, c’est donc soigner ce terrain en hauteur qui verra naître les prochaines pousses. Pour cela, nous pouvons appliquer des protections comme le cuivre, envoyer un signal fort de travailler au grand rangement avec la silice ou aider les bois à mûrir grâce à des oligo-éléments. La saison suivante est déjà dans les bois, au plus elle aura stocké d’éléments clé, au mieux elle repartira.

Si nous parlons du repos végétatif de la vigne après les vendanges, ce dernier ne commence pas dès la fin des vendanges. Ce serait oublier tout le travail invisible qui s’effectue au cœur des plants. L’automne est une saison d’intériorité et de transitions. C’est la saison où l'on range tout ce qui nous a servi pendant les beaux jours. L’obscurité de l’automne prépare pour le long hiver, elle encourage à faire des stocks pour pouvoir repartir à la saison suivante. Pour les vignes, c’est une activité intense qui se déroule à l’intérieur.


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